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Le Corps By
Archbishop George Khodr
Le corps reflète la splendeur de sa création. Toutes les
créatures sont belles et laissent transparaître la main de Dieu qui les a créés.
De même, l’agencement organique du corps permet de mieux saisir l’œuvre de
l’esprit divin. J’ai
commencé à réaliser cela, depuis seulement quelques années. Je l’avais pourtant
appris dès ma jeunesse sans m’y arrêter outre mesure. Je suis actuellement ébahi
devant l’interdépendance étonnante de nos organes et comment la nourriture
devient, après sa digestion, partie intégrante des cheveux, des yeux, de la
poitrine. Comment un être, né d’un père et d’une mère ordinaires, devient un
Platon ou un Einstein. Cette chair que nous portons, et avec laquelle nous
communiquons, ne serait pas intelligible, si elle n’avait pas été pensée par
quelqu’un. Elle peut donc être l’endroit de la contemplation de celui qui l’a
pensé. Quand il parle des créatures, le Livre de la Genèse dit d’abord: “ Et
Dieu vit que cela était bon”. Mais, quand il arrive à l’homme, il affirme que:
“ Dieu créa l’homme à son image”. Puis, il est dit, qu’en regardant l’homme,
“Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon”. Pourquoi donc Dieu
n’a-t-il pas été ébloui que par l’homme ? Ne serait-il pas parce qu’il avait
voulu en faire son unique interlocuteur, au sein de toute la créature?
Malgré toute la fascination dont il peut être l’objet, le
corps n’est finalement que poussière.
Cette matérialité l’influence en tout ce qu’il est,
jusqu’à lui fermer toute ouverture à la lumière. Or, la lumière fut en lui, dès
l’origine de sa création. Elle est dans l’homme autant que la poussière. Au
courant de la vie humaine, ses deux composantes s’accordent parfois, mais
souvent elles s’opposent. C’est dans son corps que l’homme contemple la force de
Dieu, ainsi que sa gloire et sa compassion. C’est aussi à travers le corps que
se dévoilent à nous les mystères divins, dans la mesure où nous les cherchons
avec toutes nos forces. Et si nous soutenons nos efforts, c’est à travers lui
que nous communiquons avec les autres. En fait, nous ne pouvons voir Dieu sans
voir à la fois ses enfants bien aimés. Cette rencontre avec l’autre ne se fait
pas seulement sur le plan de l’esprit. L’œil se réjouit à la vue de l’autre et
la main se complaît à serrer la sienne. En cela, elles deviennent un membre
unique, car les humains sont liés comme par d’invisibles filons dorés qui les
appellent à l’unité. Mais, cette unité de l’humanité ne se dévoilera vraiment
que dans le Royaume des Cieux.
La beauté et ce qui nous paraît laid viennent tous
deux de Dieu. Elles sont un langage. La laideur n’est pas répulsive, si l’on
découvre son langage, c’est-à-dire si on la dépasse pour atteindre la parole
qu’elle cache et avec laquelle elle s’adresse à Dieu. L’homme n’est pas dans la
magie de son visage, mais dans celui de son union avec les autres et sa liberté
à l’image de Dieu. L’homme aimant est celui qui rend cette double union encore
plus sublime. C’est là un grand mystère. L’homme reste alors unique en ce qu’il
est et en ce qu’il a comme responsabilités, mais participe en même temps à
l’humanité des autres. Etre à la fois un et distinct est une condition pour
éliminer la servitude qu’engendré la fermeture sur soi ou la totale fusion avec
les autres. Notre vocation est d’être, à la fois, des personnes uniques qui
seraient unies à la communauté. Même dans le Royaume, l’homme restera unique en
soi, mais uni avec les autres, afin que se manifeste l’amour de Dieu.
Dieu détient entre ses mains les clefs de la vie et de la
mort. “ Toute âme goûte la mort” (Sourate Omran, 185 et d’autres Sourates). Le
corps est constitué en vue de la mort. Ses cellules ne vivent pas éternellement.
Il est écrit, dans les textes chrétiens, que “ celui qui est mort est quitte du
péché” (Rom. 6 :7). En ce sens, la mort est une grâce faite de clémence. Selon
notre foi, elle est une rencontre avec Dieu. Les âmes sont alors dans les mains
Dieu, dans l’attente de la résurrection.
Ainsi, la mort constitue leur premier face à face
avec Dieu, en ce que nous appelons Paradis ou Royaume. Elles vivent dans
l’espérance de contempler la lumière divine, dans le ciel, lors de l’achèvement
du temps.
Aux temps derniers, les corps seront convoqués à
ressusciter. Depuis la mort de leur compagnon de route, ils sont restés dans la
grâce du Saint Esprit. Ainsi, l’Esprit de Dieu gère à la fois les âmes et les
corps, en vue de les réunir au Dernier Jour. Nous pouvons donc dire que le corps
existe après la mort, bien que dépourvu du mouvement qui le caractérisait dans
cette vie.
Dans l’Eglise orthodoxe, la sainteté des corps nous
empêche de les brûler. Par cela, nous affirmons la continuité du corps dans une
certaine réalité, bien qu’apparaissant disloquée. Le corps est oint du Myron
après le Baptême. L’Eglise avait maintenu, jusqu’à des temps récents, les
cimetières autour des églises pour que les fidèles encore en vie puissent
réaliser qu’ils sont unis aux morts, dans l’espérance de la Résurrection.
De ce point de vue, l’Eglise
n’insiste pas tant sur la séparation de l’âme et du corps que sur la remise des
deux
à la miséricorde divine. La décomposition du corps est une
occasion pour lui de rencontre avec le Seigneur, c’est-à-dire une occasion pour
le Seigneur de se pencher sur lui. Certains craignent la mort. D’autres ne la
craignent pas. L’important est que les uns et les autres se préparent à se
séparer de cette existence et à accéder à celle de la paix. Comme l’écrit
l’apôtre, nous préparons ceux qui nous quittent par la prière et la consolation
apportée par la lecture des Livres Saints. Il existe maintenant en Europe des
institutions, autres que les hôpitaux, dont la tâche est de préparer à la mort
les malades en dernière phase de vie. Il serait bon de trouver, au sein de
chaque famille croyante, quelqu’un qui se consacrerait à aider les malades par
de bonnes paroles dans leurs derniers jours. Il est vrai que le prêtre peut
tenir ce rôle, s’il apprend ce qu’il doit dire et faire, en plus des prières.
Cette sollicitude vient de la conviction que la
mort est la dernière phase de notre vie, seulement ici-bas, et que le corps est
à ce point noble et objet de respect, qu’on l’oint d’huile sainte, lors du
sacrement de l’Onction, tant qu’il est conscient. Ce sacrement présuppose que la
personne humaine reste le même être avant, et après la mort. Nous sommes donc
loin d’affirmer, comme on l’entend souvent, que nous sommes composés d’une
matière corruptible et d’une âme qui ne l’est point. Le corps est une partie
intégrante de l’être humain. Dans la vérité de l’existence et du devenir
humains, il n’est pas inférieur à l’âme.
* * * Published Saturday January 17, 2009 in the © An-Nahar, Lebanese news paper. Translated from Arabic. Original Arabic text: الجسد |