Le Jugement
Archevêque Georges KHODR
Métropolite Chrétien-Orthodoxe du Mont Liban

L’image de
Dieu comme Juge nous est omniprésente. Dieu a confié à l’homme la
gérance
de la terre afin que celui-ci profite de ses fruits et la Lui rende fructifiée.
Tout ce que Dieu a créé est censé Lui revenir avec force et gloire. Ce qui était
poussière doit ainsi s’habiller de lumière, au Dernier Jour, afin que Dieu y
reconnaisse Sa création. Le Créateur demande à la créature de rendre compte de
ce qu’elle a fait d’elle-même et de la terre qui lui était confiée. Il lui
demande aussi de Lui parler de la nature des efforts qu’elle a mis dans ce monde
et des résultats obtenus, d’ailleurs toujours inachevés. En ce faisant, la
créature sera appelée à réaliser qu’elle a été créée à l’image et à la
ressemblance de Dieu.
L’homme fait corps avec toute la création. C’est pourquoi la question qui lui
est posée au Jour Dernier est :
‘Qu’as-tu fait de ton âme, de ton frère et de la terre dont je t’ai fait le
maître pour la servir afin qu’elle puisse te servir en retour? As-tu donc
négligé ton âme, ton frère et le monde amenant l’aridité à prédominer sur cette
création qui M’a plu quand je l’ai créée ?
Te souviens-tu que J’ai dit : ‘Que la
lumière soit, et la lumière fut’. Et que Je ‘vis que la lumière était bonne’ (Gen.
1, 3 et
4) ?’
Je ne pense pas que ces paroles se réfèrent uniquement à la lumière sensible,
mais aussi à la grâce répandue par la lumière sur toute la création. Quand le
monde est illuminé, il génère toutes les créatures mentionnées dans le Livre de
la Genèse. Ce qui illumine ainsi les créatures est bon aussi puisqu’il vient
d’en haut. L’homme est appelé à mélanger cette lumière à la matière, dont il est
issu, ainsi que toutes les autres créatures.
L’homme se transforme en feu quand il admet qu’il a été créé par la Parole de
Dieu. Dans le récit de la Création, il apparaît que toutes les créatures ont été
créées aussi par cette même Parole. Par la suite, après une longue évolution, la
prophétie s’est manifestée aussi par la Parole. Cette Parole transforme
l’homme en un être fait à la fois de
cette terre et du ciel. La matière en lui décroît quand il sait tirer profit de
la lumière qui l’habite. Les ténèbres n’auront de cesse de combattre l’homme
pour chasser la lumière qui est en lui, étant entendu qu’il peut aussi amener
cette lumière à refouler les ténèbres. Il est le théâtre de la lutte entre la
lumière et les ténèbres. Quand il accepte d’être le théâtre de Dieu seul, Il
livrera le bon combat pour que Dieu soit le seul propriétaire de sa demeure. La
grâce de Dieu agit alors en lui. Son combat sera légitime seulement quand il
utilisera les armes de la lumière. Il ne connaît rien des arts de la lutte
spirituelle s’ils ne lui sont enseignés par Dieu. Dieu lui enseignera toute
chose par Sa grâce. Si l’homme refuse de livrer bataille selon les critères de
Dieu, il livrera en fait son âme à l’ennemi. Puisque Dieu lui a donné son âme,
l’homme est tenu d’utiliser, dans cette bataille, les armes divines trouvées en
lui et de s’y agripper. Sinon, il serait en train de fuir vers le néant.
Ce que nous appelons le Jugement consistera en ces questionnements de Dieu :
‘As-tu utilisé les armes que J’ai mis à ta disposition, ou as-tu plutôt
esquivé la bataille, laissant l’ennemi s’emparer de toi ? As-tu été digne de
confiance en ce que Je t’ai confié ? Je ne t’ai chargé que de ce tu pouvais
assumer, et Je ne te tiendrais rigueur de rien d’autre. D’autres que toi avaient
plus d’envergure et Je leur ai confié autant qu’ils le pouvaient. Je leur
demanderai donc plus. Tu n’es pas concerné par cette différence entre vous. Je
suis le Seul à connaître ces différences. Je te jugerai car ce qui était en
toi M’appartient. C’est Moi qui te l’ai confié. Si tu n’en as pas été digne, tu
auras abusé de Ma confiance. Je te prie de ne pas te fier à Ma compassion, sans
connaître Mon jugement. Tu ne peux comprendre comment J’associe jugement et
compassion, que si je ne te le dévoile au Dernier Jour.
Il ne t’appartient pas de dire à l’ange qui te
conduira au Jour de Jugement : ‘Pourquoi ne pas m’éviter tout cela ?’. L’un de
Mes bien-aimés n’a-t-il pas écrit : "Il est terrible de tomber entre les mains
du Dieu vivant" ? (He, 10, 31). Comment ne pas y tomber, si tu es revenu aux
ténèbres après que Je t’aie rempli de lumière ? Comment puis-Je ignorer les
ténèbres en toi ? Veux-tu que Je les considère comme lumière, quand elles ne le
sont pas ? Qualifieras-tu pareille attitude de compassion, de pitié ou de
pardon ? Je t’ai parlé de pardon pour que tu ne t’enlises pas dans le monde
quand tu te sentiras abandonné en te découvrant émietté. En effet, Je puis faire
montre de clémence envers toi dans ce monde, mais Je ne veux pas M’imposer. Tu
dois m’appeler à l’aide par la repentance. Ton manque d’attention à ton âme te
fait toujours reculer le temps de la repentance, croyant le remplacer par la
confiance en Mon pardon. Tu es appelé à œuvrer avec Moi. Tu dois faire montre
d’obéissance et de docilité. En tant que créature, Je t’ai donné la liberté mais
Je ne t’ai jamais fait croire que J’en étais un substitut. Une fois que tu y
auras goûté, Mon amour te conduira à toute la vérité. Mais, ne pense jamais que
Je t’y forcerai, car Je serais en train de battre en brèche cette liberté que
J’ai voulu en toi. Il te faut bien en comprendre le sen et savoir comment me
rencontrer à travers elle. On a écrit que Je t’ai confié des talents pour les
faire fructifier. Je t’en demanderai compte. Si tu n’as pas bien su les
utiliser, comme les gens du monde le font en plaçant leur argent, tu n’auras pas
de part d’héritage en Moi, de cet héritage que J’ai préparé pour ceux qui savent
obéir.
Je te questionnerai sur tout le bien et tout le mal que
tu as pu commettre. Le bien vient de Moi et le mal, de toi. Tu aurais dû le
disperser. Ne dis pas que des circonstances extérieures t’ont poussé au péché.
Aurais-tu oublié que Je t’avais fait profiter de circonstances bien meilleures,
qui sont celles de la grâce, et que Je t’ai aimé bien plus que tu n’aies jamais
aimé ton âme? En fait, tu n’as pas su l’aimer, lui préférant tes péchés.
Ne crois pas que J’ai chargé Mes messagers de t’imposer
des commandements pour te rendre la vie plus difficile. Il n’est pas dans Ma
nature de faire souffrir ceux que J’aime. Or, Je t’ai aimé et tu n’as rien
compris. Je t’ai servi et tu ne t’en ais pas rendu compte. Ton péché est de ne
pas avoir ressenti Ma présence, mais seulement les mirages de ton imagination et
les passions de ton corps. Tu t’es enorgueilli du fait de ta beauté et de ce que
tu considérais valable en toi. Or tout cela est l’œuvre des hommes.
Mes anges t’introduiront devant Moi. Je te rappellerais
tout ce que tu as fait. En fait, tu n’aimes pas oublier les plaisirs auxquels tu
t’ais livré plutôt qu’à la joie que t’aurait procuré les vertus dont je t’avais
entretenues et qui t’auraient aidé à te glorifier. Je te dirai tout cela pour
que tu sortes de cette longue inconscience dans laquelle tu t’ais complu, afin
que tu puisses vraiment lire en toi, ce que tu n’a d’ailleurs jamais aimé faire.
Je te dévoilerai tout que tu as accompli, en actes, en paroles et en pensées,
toutes choses que tu t’acharnais à ne pas voir.
En ce Jour Dernier, Je te ferais découvrir ce que tu es
vraiment. Tu en seras certes perturbé, car l’homme ne peut pas voir la laideur
sans relents de mort. Je suis le Dieu de la connaissance. Je ne peux sauver qui
serait dans l’ignorance de ses actes. C’est pour cela qu’au Jour Dernier, il te
faudra lire en toi-même, comme Moi, Je te lis.
Après avoir vu ta laideur et être parvenu à discerner en
Moi un rayon de lumière, tu Me demanderas alors de te débarrasser de cette
laideur. Je te purifierais avec l’eau de cette dernière parole : ‘Je t’aime
parce que tu es Mon fils, malgré tes nombreux moments d’inattention, où tu as
voulu Me nuire. Je créerai en toi de nouveau l’amour des beautés célestes’.
Voilà que tu te tiens nu devant Moi. J’ordonnerai à ton
ange de te couvrir du vêtement d’or qui te permettra de t’asseoir avec les
saints qui M’ont plu, avec lesquels Je t’unifierai, bien que ton comportement à
toi sur la terre ne M’ait pas plu. Et quand Je te croiserai sur les chemins
célestes, Je ne te verrais plus qu’habillé de ce vêtement d’or. Tu seras alors
enfin convaincu que c’est Moi qui en ai couvert ta nudité.
Entre donc, Mon bien-aimé. Bien que Je t’aie convoqué
en vue du jugement, Je ne te condamnerais point’.

Published Saturday
December 6, 2008 in the © An-Nahar, Lebanese news paper.
Translated from
Arabic.
Original Arabic text:
الدينونة
