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L'homme Nouveau
By Archbishop George Khodr
Orthodox Christian Metropolitan of Mount Lebanon
Se demander ‘quel Liban nous voulons ?’ ne conduit pas
nécessairement à engager nos volontés pour qu’un Liban renouvelé apparaisse. Car
un Liban nouveau ou que nous espérons renouveler n’est finalement qu’une
structure. Telle qu’on la pose généralement, cette question reste au niveau des
structures et ne prend pas en considération la profondeur spirituelle des
citoyens. En fait, un Etat renouvelé doit se bâtir sur des hommes nouveaux ou
renouvelés. Nous disons toujours que nous voulons un pays libre et indépendant.
Ce souhait reste cependant sur le plan du langage, tant que les citoyens ne se
comportent comme des personnes aspirant réellement à une telle liberté et une
telle indépendance. Dire ce que nous souhaitons pour le pays ne transforme pas
nécessairement notre dire en acte. Demander verbalement ou même s’engager dans
un combat politique organisé ne génèreront pas, comme par miracle, une patrie
véritable.
Le Liban sera renouvelé seulement par des personnes enracinées en profondeur,
vivant de réalités divines, toujours prêtes à vouloir faire habiter Dieu sur
cette terre. La patrie se formera alors à partir de telles réalités et son corps
politique y sera ancré. La patrie se bâtit donc vraiment en dehors de l’arène
politique, loin du parler politique. Elle se fonde sur une vie spirituelle reçue
d’en-haut.
Sur le plan politique, nous devons insister que la patrie transcende les
confessions. Mais, le terme ‘confession’ est ambivalent, car il désigne à la
fois Dieu qui régit les confessions et la politique qui soumet les confessions à
son emprise et les transforme en groupes endurcis et prêts à tuer quand elles se
ferment sur elles-mêmes et s’isolent l’une de l’autre. Dans ce sens, les
confessions deviennent comme des cadavres puants qui flétrissent l’être même de
la nation et rejettent Dieu lui-même. Nous ne pouvons passer des confessions à
la patrie qu’avec l’aide de Dieu qui, Seul, peut nous faire découvrir Sa propre
réalité plutôt que celle des confessions.
Si tous les libanais
laissent leur cœur s’illuminer par la grâce divine, leur répartition entre les
dix-huit confessions religieuses officiellement reconnues au Liban, ne fera plus
problème. Ils pourront alors, sans hésitation ni perplexité, se prévaloir de
l’histoire de leur communauté, cependant sans aucun racisme ou fanatisme. Il
nous faut adopter la religion de l’amour, non pas en tant que religion nouvelle
ou différente de la nôtre, mais dans la conviction que nous vivons
spirituellement l’un par l’autre, en assumant la liberté de l’autre et en
accueillant sa reconnaissance de la nôtre. Nous ferons alors prévaloir ce qui
nous unit sur ce qui nous différencie. Nous formerons un corps unique par ce qui
nous rapproche. Nous refuserons d’encombrer nos esprits des scories de
l’histoire et nos cœurs de ses rancœurs. Seule une telle approche pourra
pacifier nos cœurs, libérer notre vision et purifier notre être.
Nous pardonnerons
alors à ceux qui nous auraient offensés dans le passé. Nous chasserons de notre
mémoire le poids des oppresseurs. Nous ne considérerons plus ceux avec qui nous
vivons aujourd’hui, responsables d’actes révolus, causés par leurs ancêtres. Les
visages de ceux que nous avions pris l’habitude de considérer comme nos ennemis
se découvriront alors à nous comme habités de lumière, et leurs cœurs emplis de
bontés offertes. Certes, il nous faudra toujours lire l’histoire pour y trouver
notre gouverne. Je n’appelle donc pas à oublier l’histoire, mais à ne pas en
devenir prisonniers. Plus ceux que nous avions classés comme nos ennemis se
découvriront comme des êtres de qualité, plus vite nous nous débarrasserons de
l’inimitié envers eux, et nous nous reconnaîtrons solidaires dans la recherche
de la vérité et dans l’effort à fournir pour en suivre les voies.
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* *
Je ne conteste pas aux chercheurs leur
honnêteté intellectuelle ni leur droit à vouloir connaître tout sur l’autre. Je
ne nie point qu’ils ont le droit de se former une opinion et de critiquer. La
vérité ne peut être déformée dans l’intention de plaire. De plus, je ne demande
pas aux hommes de savoir de faire montre de syncrétisme en tentant d’unifier les
religions. Cela serait en contradiction avec toute rigueur scientifique.
L’humanité boit à des sources diverses et se doit d’admettre diverses
convictions. Il ne s’agit pas de changer la nature des choses. Elles doivent
rester telles que nous les découvrons. Le dialogue aidera seulement à mieux
déchiffrer la vérité. Il aidera à nous débarrasser de nos passions et à
rechercher ce qui peut nous rapprocher. Le dialogue se doit de refuser toute
polémique pour n’être qu’une tentative de mieux exposer nos options
intellectuelles à l’autre et essayer de mieux comprendre les siennes. Je suis
convaincu qu’il existe de grands espaces de rencontre entre nous sur le plan
intellectuel. Les différences ont été accentuées en divergences par les
exégètes, soit par une incompréhension des textes, soit par l’adoption de
méthodes herméneutiques difficilement conciliables. Il s’agit de ramener ces
divergences à leurs justes proportions. C’est en cela que réside la difficulté
du dialogue. Mais, cela ne le rend pas impossible.
Cependant, mon souci, aujourd’hui, n’est pas de parler du dialogue. Je veux
plutôt encourager la recherche, dans nos textes de référence respectifs, de ce
qui rend possible une rencontre dans l’amour. Je voudrais que nous nous mettions
à la recherche de l’amour, fébrilement et systématiquement, comme les abeilles
qui butinent celle des fleurs où elles savent trouver du miel. Sans renier en
quoi que ce soit nos sources, nous devons y choisir ce qui invite à l’amour et
non ce qui pousse à la polémique. Je ne conteste à personne le droit de
s’attacher à l’ensemble de ses textes fondateurs. Mais, malgré mon indignité, je
convie tout un chacun à y rechercher ce qui le rapproche des autres et les fait
se rapprocher de lui.
Je ne suis pas en train de proposer une religion nouvelle. Je préconise
simplement une lecture nouvelle, basée sur une décision réciproque de se
rencontrer dans l’amour, qui a pour but de mettre en valeur dans nos traditions
respectives tout ce qui encourage un tel amour.
Notre unité viendra ainsi de nos croyances
respectives. Ce sera une unité entre des hommes à travers les grâces reçues de
Dieu. Dieu, qui me parlera à travers le comportement de l’autre, se reconnaîtra
aussi en moi qui lui obéit. Il nous sera ainsi possible de nous retrouver en
Dieu Lui-même. Certes, je ne voudrais pas limiter une telle rencontre aux
habitants de ma patrie, mais je voudrais qu’ils en soient les premiers
bénéficiaires. Nous bâtirons alors notre pays sur le langage et le comportement
d’êtres participants à la vie de Dieu. Cette divinisation de l’homme, dans le
sens d’un comportement en conformité avec les mœurs divines et d’un avancement,
au-delà de l’humanité, vers Dieu lui-même, n’est pas étrangère au christianisme
ni à l’islam. La communauté, composée de tels humains, sera une dans son essence
même.
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* *
En écrivant ceci, je ne
récuse pas l’action politique. Mais, une telle action n’est rien sans présence
dans le pays de gens ainsi purifiés, sincères et bienveillants. Les gouvernants
peuvent gérer une société bonne et généreuse, et non une société où prévaut le
mal, car ceux qui n’obéissent pas à Dieu n’obéissent pas aux lois, ni à
l’autorité ni aux institutions. Un Etat a besoin d’un minimum d’ordre social et
de probité. Il ne peut se bâtir sur des personnes ayant perdu toute perception
humaine ou qui sont devenues insensibles à l’humain. La société ne se construit
pas seulement sur base de sciences sociales ou sur la force militaire. Une telle
société encouragerait le mal qui serait passible de mesures coercitives. Elle ne
poussera guère au bien, exprimé dans l’amour et basé sur l’obéissance divine.
Je comprends ceux qui
aspirent à un Etat de droit, opposé dans sa nature même à l’Etat tribal. Je ne
suis pas sans reconnaître aussi l’importance d’institutions pour encadrer les
citoyens honnêtes. Cependant, il nous faut réaliser qu’un bon citoyen n’est pas
seulement celui qui craint le châtiment, mais celui qui est acquis à une
convivialité honorable et librement consentie avec ses concitoyens. La loi et
l’Etat ne seraient pas nécessaires s’il n’y avait pas de mal à circonscrire. Je
sais qu’il faut réprimer les actes mauvais, mais sans toutefois créer une
inimitié envers les contrevenants eux-mêmes.
Les Libanais se
trompent s’ils croient qu’il leur suffit de forger des lois et de veiller à leur
application pour vivre ensemble en harmonie. Nous ne pouvons avancer et nous
améliorer avec des citoyens dont la seule bonne conduite se résumerait à éviter
d’être mis en prison. Le pays s’élèvera, et nous tous avec lui, par
l’intermédiaire de personnes qui ayant mis le ciel dans leur cœur tentent de
transformer son aridité désertique en un paradis.
C’est là que vient le
rôle d’une religion de l’amour, quel qu’en soient les piliers. Nous avons donc à
suivre en même temps deux voies : celle d’un combat politique moderne et ouvert
à la civilisation, et une voie divine respectant la dignité des créatures et
recherchant à la fois la Face de Dieu et celle du prochain. Nous devons
apprendre à voir Dieu dans l’autre et à l’aimer comme tel. C’est ce qui nous
fera comprendre que Dieu est la Lumière des cieux et de la terre et que Son
Règne commence en nous sur cette terre.
Published Saturday
January 10, 2009 in the © An-Nahar, Lebanese news paper.
Translated
from Arabic.
Original Arabic text:
ÇáÅäÓÇä ÇáÌÏíÏ
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